
Il existe des milliers d’applications de santé dans les magasins d’applications, et très peu de repères pour les trier. Entre le carnet de santé numérique de l’État, l’appli médicale prescrite par un diabétologue et le programme de méditation, le mot « application santé » recouvre des outils qui n’ont ni le même statut ni le même niveau d’exigence.
Ce guide, mis à jour en septembre 2026, présente treize applications dont nous avons vérifié l’existence, l’éditeur et le statut sur leur site officiel. Il s’adresse aux patients qui cherchent un outil fiable et aux praticiens qui veulent savoir quoi recommander. Il ne s’agit pas d’un classement : aucune application ne remplace l’avis d’un professionnel de santé.
Application santé, application médicale : de quoi parle-t-on ?
Trois familles coexistent.
- Les services publics : édités par l’Assurance Maladie, le ministère de la Santé ou Santé publique France, gratuits et sans publicité.
- Les applications médicales au sens strict : leur finalité est le diagnostic, le suivi ou le traitement d’une maladie. Ce sont des dispositifs médicaux, soumis au règlement européen 2017/745 et au marquage CE.
- Les applications de service et de bien-être : prise de rendez-vous, rappels, information, méditation, activité physique. Utiles, mais sans statut médical.
Savoir à quelle famille appartient une appli médicale est le premier réflexe à avoir avant de lui confier des données.
Les applications santé des services publics français
Mon espace santé
Mon espace santé est le carnet de santé numérique proposé par l’Assurance Maladie et le ministère de la Santé. Il réunit le dossier médical (ordonnances, comptes rendus, résultats d’analyses, profil médical), une messagerie sécurisée pour recevoir des documents de ses soignants et un catalogue de services. Les parents y gèrent aussi le profil de leurs enfants. L’application mobile est gratuite, et les données sont hébergées en France.
Son catalogue mérite l’attention : plusieurs dizaines d’applications y sont référencées par les pouvoirs publics après examen de plus de 150 critères techniques, de sécurité et d’éthique, selon l’Assurance Maladie. L’utilisateur choisit lui-même quelles applications il relie à son espace et quels échanges de données il autorise.
Compte ameli
L’application Compte ameli sert aux démarches : suivre ses remboursements, télécharger une attestation de droits, commander une carte Vitale ou une carte européenne, déclarer un changement de situation, trouver un professionnel de santé. C’est un outil administratif, pas un outil de suivi médical.
L’appli carte Vitale
Généralisée à toute la France le 18 novembre 2025, l’appli carte Vitale est la version sur smartphone de la carte Vitale. Elle s’active avec une pièce d’identité, directement ou via France Identité, et se présente au professionnel de santé par QR code ou sans contact. Elle ne remplace pas la carte physique, qui reste valable.
Tabac info service, Activ’Dos, 1000 premiers jours
Trois applications publiques et gratuites ciblent un besoin précis :
- Tabac info service accompagne l’arrêt du tabac avec un programme personnalisé, en complément de la ligne 39 89 ;
- Activ’Dos, éditée par l’Assurance Maladie, propose des exercices en vidéo et des contenus pédagogiques pour prévenir le mal de dos ;
- 1000 premiers jours accompagne les parents de la grossesse aux deux ans de l’enfant : calendrier des rendez-vous, questionnaires, carte des services utiles.
Les applications santé par usage
Prendre rendez-vous
Doctolib permet de prendre rendez-vous en ligne avec un soignant, de consulter en vidéo lorsque le praticien le propose, d’échanger des documents et des messages. Le service figure au catalogue de Mon espace santé. D’autres solutions existent pour les cabinets : nous les présentons dans notre article sur les agendas médicaux en ligne.
Consulter à distance
Depuis 2024, les sociétés de téléconsultation doivent être agréées par le ministère de la Santé pour que leurs actes soient pris en charge par l’Assurance Maladie. Deux exemples :
- Qare, agréée par le ministère, propose des consultations en vidéo 7 jours sur 7, de 6 h à minuit, en médecine générale et dans plusieurs spécialités ;
- Kry est le nouveau nom de Livi en France depuis septembre 2026. Seul le nom change : identifiants, dossier et rendez-vous sont conservés. Le service annonce des consultations 24 heures sur 24.
La prise en charge d’une téléconsultation dépend du respect du parcours de soins : les conditions à jour sont détaillées sur ameli.fr.
Suivre une maladie chronique
myDiabby Healthcare est une plateforme de télésurveillance du diabète de type 1, de type 2 et gestationnel. C’est un dispositif médical de classe IIa marqué CE, fabriqué par MDHC, avec un hébergement certifié HDS. Le patient saisit ou transmet ses glycémies, l’équipe soignante les suit depuis son portail. La télésurveillance est mise en place par l’équipe médicale et prise en charge par l’Assurance Maladie dans les indications prévues ; l’application est gratuite pour le patient.
C’est l’exemple type d’une application médicale au sens réglementaire : elle s’utilise dans le cadre d’un suivi, pas seule.
Ne pas oublier son traitement
MyTherapy, éditée par la société smartpatient, envoie des rappels de prise, tient un journal des médicaments, suit les stocks et génère un rapport à montrer en consultation. L’éditeur la présente comme gratuite. Son site ne la présente pas comme un dispositif médical : elle aide à s’organiser, elle ne décide ni d’une dose ni d’un traitement.
Prendre soin de sa santé mentale
Petit BamBou propose des programmes de méditation, de respiration et de sommeil, avec une partie gratuite et un abonnement. L’application est référencée au catalogue de Mon espace santé. Elle relève du bien-être : elle ne constitue pas une prise en charge d’un trouble psychique, qui passe par un médecin ou un psychologue.
Grossesse et petite enfance
May, éditée par LN CARE, accompagne les parents de la grossesse à l’entrée à l’école : contenus rédigés par des professionnels de la périnatalité, outils de suivi et messagerie avec des professionnels, ouverte 7 jours sur 7 de 8 h à 22 h selon l’éditeur. Elle figure au catalogue de Mon espace santé. L’application publique 1000 premiers jours, citée plus haut, couvre la même période.
Bouger davantage
Activ’Dos est l’option publique pour le dos. Pour l’activité physique générale, les applications Santé intégrées aux téléphones et aux montres connectées comptent les pas et la durée d’effort. Ces mesures sont des indicateurs de bien-être, pas des données médicales validées, sauf fonction expressément marquée CE.

Tableau récapitulatif des applications santé citées
| Application | Usage | Éditeur | Statut |
|---|---|---|---|
| Mon espace santé | Carnet de santé numérique | Assurance Maladie, ministère de la Santé | Service public |
| Compte ameli | Démarches et remboursements | Assurance Maladie | Service public |
| Appli carte Vitale | Carte Vitale sur smartphone | Assurance Maladie | Service public |
| Tabac info service | Arrêt du tabac | Assurance Maladie, Santé publique France | Service public |
| Activ’Dos | Prévention du mal de dos | Assurance Maladie | Service public |
| 1000 premiers jours | Grossesse et petite enfance | Ministère chargé de la Santé, Santé publique France | Service public |
| Doctolib | Rendez-vous, téléconsultation | Doctolib | Référencé Mon espace santé |
| Qare | Téléconsultation | Qare | Société agréée par le ministère |
| Kry (ex-Livi) | Téléconsultation | Digital Medical Supply France | Société agréée par le ministère |
| myDiabby Healthcare | Télésurveillance du diabète | MDHC | Dispositif médical CE, classe IIa |
| MyTherapy | Rappels de traitement | smartpatient | Application d’accompagnement |
| Petit BamBou | Méditation, sommeil | Petit BamBou | Bien-être, référencé Mon espace santé |
| May | Grossesse, parentalité | LN CARE | Référencé Mon espace santé |
Nous ne publions volontairement ni nombre de téléchargements ni note : ces chiffres changent chaque semaine et ne disent rien de la fiabilité d’un outil.
Quelles sont les applications santé les plus téléchargées ?
La question revient souvent, et la réponse honnête est qu’aucun classement public et stable n’existe. Les magasins d’applications affichent des classements par catégorie qui varient d’un jour à l’autre et d’un système à l’autre. En France, les services de l’Assurance Maladie et les applications de prise de rendez-vous occupent régulièrement le haut de la catégorie médecine. Mais la popularité n’est pas un critère de qualité : une application très téléchargée peut n’avoir aucun statut médical.
Comment choisir une application de santé fiable
Six vérifications prennent moins de cinq minutes.
- L’éditeur est identifié. Nom de la société ou de l’organisme, adresse, mentions légales. Une application sans éditeur clair est à écarter.
- Le statut correspond à la promesse. Si l’application annonce un suivi, une mesure ou une aide au traitement d’une maladie, elle doit porter le marquage CE de dispositif médical, avec sa classe et son fabricant.
- L’hébergement des données est précisé. Les données de santé confiées à un prestataire doivent être stockées chez un hébergeur certifié HDS.
- La politique de confidentialité est lisible. Quelles données, pour quelle finalité, partagées avec qui, pendant combien de temps. Le consentement doit pouvoir être retiré.
- L’application est référencée. La présence au catalogue de Mon espace santé indique qu’un examen public a eu lieu.
- Le contenu est signé. Des auteurs professionnels de santé, des sources, une date de mise à jour.
Une application fiable dit aussi ce qu’elle ne fait pas. En cas d’urgence, le bon réflexe reste le 15 ou le 112.
Ce que ces applications changent pour votre cabinet
Vos patients arrivent en consultation avec des courbes, des rappels et des comptes rendus sur leur téléphone. Autant savoir vers quoi les orienter.
Quoi recommander à un patient
Les services publics d’abord : Mon espace santé pour centraliser les documents, l’appli carte Vitale pour la facturation, les applications de prévention de l’Assurance Maladie. Viennent ensuite les dispositifs médicaux marqués CE, dans leur indication et dans le cadre d’un suivi organisé. Les applications de bien-être peuvent être citées comme un complément, sans leur prêter d’effet thérapeutique.
Le cadre à connaître
- Dispositif médical : un logiciel à finalité médicale relève du règlement (UE) 2017/745. Le marquage CE vaut pour une indication précise.
- RGPD : les données de santé sont des données sensibles. Si vous demandez à un patient d’utiliser un outil qui vous transmet des informations, vous devenez responsable du traitement. Notre décryptage des obligations RGPD des professionnels de santé fait le point.
- Hébergement : tout prestataire qui héberge des données de santé pour votre compte doit être certifié HDS.
Remboursement : télésurveillance et PECAN
Deux voies existent, et elles concernent peu d’applications grand public.
La télésurveillance médicale est entrée dans le droit commun du remboursement le 1er juillet 2023. Elle repose sur un dispositif médical numérique inscrit sur une liste dédiée et sur une équipe soignante qui assure le suivi.
La prise en charge anticipée numérique (PECAN), créée par le décret du 30 mars 2023, ouvre un remboursement dérogatoire d’un an, non renouvelable, à des dispositifs médicaux numériques de télésurveillance ou à visée thérapeutique. Conditions : marquage CE dans l’indication, présomption d’innovation évaluée par la Haute Autorité de santé, conformité aux référentiels de l’Agence du numérique en santé. À ce jour, seul un petit nombre de dispositifs en a bénéficié. Aucune des applications grand public de cet article n’est prise en charge à ce titre. Les listes évoluent : elles se vérifient sur les sites de la HAS et de l’Agence du numérique en santé.
Et votre propre présence numérique ?
Les patients attendent de leur cabinet la même simplicité que de leurs applications : trouver l’information, prendre rendez-vous, comprendre un parcours. Un site internet médical bien conçu y répond, et un chatbot médical encadré peut traiter les questions pratiques sans jamais donner d’avis médical. Pour les outils d’intelligence artificielle, notre page sur l’IA au cabinet médical précise les limites à respecter, et notre article sur les apports de l’intelligence artificielle en santé en présente les usages.
En résumé
Une application santé fiable se reconnaît à son éditeur, à son statut et à la façon dont elle traite les données. Les services publics forment un socle solide, les dispositifs médicaux marqués CE s’utilisent dans un suivi organisé, et les applications de bien-être restent un complément.
Vous souhaitez que votre cabinet soit aussi simple à trouver et à contacter que les applications que vos patients utilisent déjà ? Contactez-nous pour en parler.


